En lien avec la chronique d’Alain Dubuc dans La Presse, la Coalition Poids souhaite préciser certains aspects de sa proposition visant à financer l’amélioration de l’accès et de la qualité des repas scolaires grâce à une redevance sur les boissons gazeuses et énergisantes.

Le docteur Martin Juneau, cardiologue et directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal, a également tenu à lui répondre. Cliquez ici pour lire sa lettre.

Monsieur Dubuc,

Dans votre chronique du 7 septembre 2011, vous remarquez avec justesse l’explosion de la consommation de boissons gazeuses (et plus récemment de boissons énergisantes). Tout en considérant comme légitimes les interventions publiques à l’égard de l’épidémie d’obésité, vous questionnez la pertinence d’une proposition récente de la Coalition Poids à cet égard, soit la création d’une redevance sur les boissons gazeuses et énergisantes dont les revenus permettraient d’améliorer l’accès et la qualité des repas scolaires.

Vous soulignez notamment que les boissons gazeuses et énergisantes ne sont pas les seules responsables de l’épidémie d’obésité. Nous sommes entièrement d’accord avec vous puisque l’épidémie d’obésité est multifactorielle. Il est également vrai que les boissons gazeuses et énergisantes ne sont pas les seuls produits trop gras, trop sucrés ou trop salés sur le marché.

Il existe toutefois une différence de taille entre ces produits et les boissons gazeuses et énergisantes. Les boissons sucrées sont, en effet, les seuls produits dont le lien de cause à effet avec l’épidémie d’obésité a fait l’objet d’une démonstration scientifique incontestable. Ce lien, désormais clair, justifie à notre avis que ces boissons fassent l’objet d’un traitement fiscal spécifique.

Vous objecterez qu’une redevance sur les boissons gazeuses et énergisantes n’enrayera pas l’épidémie d’obésité et vous aurez raison. Mais tout comme les régimes miracles n’existent pas, vous conviendrez également qu’aucune mesure unique, fiscale ou autre, n’y parviendra non plus. Plutôt que d’attendre la solution providentielle, la Coalition Poids propose d’intervenir immédiatement, avec les moyens dont nous disposons, sur les produits dont nous avons la preuve du caractère néfaste.

Par ailleurs, si l’épidémie d’obésité est un phénomène complexe, l’imposition d’une redevance sur les boissons gazeuses et énergisantes l’est beaucoup moins. Le modèle de la taxe d’accise, déjà en vigueur pour plusieurs autres produits, s’implante facilement sur les lieux de production et est reconnu comme l’un des moyens de perception les plus efficaces.

Enfin, les changements de comportement ne résultent pas seulement du coût d’un produit, comme vous le savez, mais de notre volonté collective de changer les choses. Nous nous réjouirons certainement de voir réduire la consommation de boissons gazeuses et énergisantes. En imposant une taxe, nous contribuerons à dénormaliser la consommation de ces boissons et à démontrer leur impact néfaste pour la santé. Qui plus est, nous nous réjouirons aussi que cette nouvelle source de financement contribue à favoriser l’adoption de saines habitudes de vie chez nos jeunes.
Ces nouveaux revenus sont loin d’être de simples peccadilles. À titre d’exemple, une redevance d’un sou (un seul sou !) par litre de boisson gazeuse génèrerait des revenus annuels de 8 millions $, soit le même montant que celui consacré par le gouvernement du Québec pour la mise en place de la politique alimentaire dans les écoles en 2007. Quel est donc le montant optimal d’une telle redevance? Il réside d’abord et avant tout dans l’objet auquel nous voudrons le consacrer. Pourquoi pas 5, 10 ou 15 sous par litre?

Entre temps, les coûts de l’épidémie d’obésité et des maladies qui y sont associées continuent de croître et représentent une part croissante des coûts du système de santé. L’augmentation de ces coûts fait porter un fardeau toujours plus lourd à toutes les couches de la société, du plus pauvre au mieux nanti. C’est pourquoi il existe un consensus grandissant à l’effet que le gouvernement doit intervenir dès maintenant et que d’autres juridictions, aussi concernées par ce phénomène, reconnaissent désormais cette redevance comme un outil commode, utile et efficace.

 

Suzie Pellerin
Directrice de la Coalition Poids