Nous avons parfois tendance à croire que l’obésité, même s’il s’agit d’un phénomène en progression au Québec, affecte d’abord et avant tout nos voisins américains. C’est d’ailleurs, au premier regard, ce que les statistiques semblent démontrer : selon l’OCDE, plus de 65 % des adultes américains souffrent de surpoids (embonpoint et obésité), alors que la proportion de Québécois en surpoids est plutôt de 57 %.

Or, une analyse plus pointue nous montre que cette situation ne va pas durer. Si la tendance se maintient, le Canada et le Québec auront tôt fait de rejoindre les États-Unis au chapitre de l’obésité puisque le taux combiné d’embonpoint et d’obésité des jeunes Canadiens (26 %) est pratiquement identique à celui des jeunes Américains (27 %). Peu s’en faut pour que nous rejoignons les États-Unis en tête de liste des pays les plus gros de la planète.

Cette situation met en danger la santé des individus, notamment en raison des maladies incidentes telles que le diabète de type II, les maladies cardiovasculaires et même certains cancers. Elle entraîne aussi des coûts socio-économiques importants, tant pour les finances publiques, pour l’économie nationale que pour les individus eux-mêmes.

Au Québec, une étude publiée par le groupe GPI Atlantic, intitulée The cost of obesity in Quebec estimait que les coûts directs reliés à l’obésité avaient accaparé 5,8 % du budget du ministère de la Santé et des Services sociaux pour la seule année 2000, soit plus de 500 millions $. Une autre étude publiée en 2004 dans le Canadian Journal of Applied Physiology évaluait que les coûts directs et indirects de l’obésité représentaient une ponction de plus de 4,3 milliards $ dans l’économie canadienne, seulement pour l’année 2001. Nous savons que, depuis, la situation ne fait qu’empirer.

Il est plus que temps que nous reconnaissions l’urgence de la situation et la nécessité imminente de réagir. Pour ce faire, il faut d’abord admettre que les initiatives traditionnelles en matière de gestion du poids, basées sur une approche individuelle (régimes, activité physique), constituent un échec et qu’il faut maintenant prendre de véritables mesures pour enrayer l’épidémie.

Changer les environnements pas les gens

On définit une épidémie comme l’augmentation soudaine et répandue d’une pathologie. Or, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1987 au Québec, l’obésité touchait 9 % de la population de 15 ans et plus. Onze ans plus tard, en 1998, cette proportion était passée à 13 %; ce qui représente une augmentation de 44 %. Durant la même période, l’excès de poids chez les Québécois et Québécoises de 20 à 64 ans est passé de 19 % à 28 % ce qui représente encore ici une augmentation de 44 %.

Par ailleurs, toujours en 1998, parmi les femmes québécoises se situant dans la catégorie du poids santé, une sur deux souhaitait perdre du poids. Cette insatisfaction à l’égard du poids et de l’apparence rejoint les jeunes : lors de l’Enquête sociale et de santé faite auprès des jeunes Québécois en 1999, 35 % des fillettes de 9 ans disaient essayer de perdre du poids et 60 % des adolescentes de 13 à 16 ans étaient mécontentes de leur image corporelle. Quant aux garçons, ils veulent être à la fois minces et musclés.

Au Québec, nous sommes aux prises avec un double problème : celui du surpoids et celui de l’obsession de la minceur.

Il ne fait donc plus aucun doute que les problèmes reliés au poids ont maintenant atteint le stade de l’épidémie et représentent désormais un problème global, collectif. Comme pour toute épidémie, celle qui nous occupe ici commande donc l’adoption de mesures, de politiques publiques, destinées à modifier les environnements qui contribuent à propager la maladie, puisque l’expérience a largement démontré qu’on ne peut pas modifier les comportements simplement par des mesures individuelles.

Il ne s’agit toutefois pas d’une épidémie ordinaire, puisque les environnements qui sont à la source des problèmes reliés au poids sont souvent fortement ancrés dans nos habitudes de vie, dans notre culture, voire dans notre économie. Ces environnements sont nombreux : il faut agir tant sur l’environnement bâti, sur le transport, sur la transformation et sur la distribution des aliments, sur le marketing alimentaire, sur l’industrie de la mode, bref, sur un ensemble d’environnements qui contribuent tous, à des degrés divers, à perpétuer et à aggraver les problèmes de poids.

Des solutions existent. Déjà, plusieurs communautés, ici comme ailleurs, ont pris les choses en main et initié de véritables mesures publiques : corridors scolaires sécuritaires, restrictions à l’implantation des commerces de restauration rapide, encadrement de l’industrie agro-alimentaire, politiques alimentaires dans les écoles et les hôpitaux, etc.

Pour que le Québec se donne ses propres solutions, nous devons d’abord nous interroger collectivement, dégager des consensus et identifier nos priorités, puis nous donner les moyens collectifs d’agir pour enrayer l’épidémie. Il est plus que temps de prendre les moyens à la mesure du problème auquel nous devons faire face.

Pour renseignements :
Martine Painchaud
514 884-9448