Pour lutter contre l’épidémie d’obésité que connaît actuellement le Québec, plusieurs initiatives voient le jour pour créer des environnements favorisant l’adoption de saines habitudes de vie. La récente proposition de la Coalition Poids d’utiliser le zonage municipal pour limiter l’implantation de fast-food à proximité des écoles soulève un débat auquel nous tenons à apporter certaines précisions.

Il est troublant de prendre connaissance des affirmations de l’économiste Nathaly Elgrably qui trouve ridicule la promotion de saines habitudes vie au moment même où le premier ministre du Québec, dans son discours inaugural, fait de l’élimination de la malbouffe dans les écoles l’une de ses priorités.

Contrairement aux allégations de Mme Elgrably, nous croyons que l’obésité est un grave problème de société qui engendre des coûts socio économiques importants, tant pour les finances publiques, pour l’économie nationale que pour les individus. Et cela, sans compter le fait que l’obésité entraîne également un fardeau psychosocial constitué de discrimination, de préjugés sociaux, d’isolement, de chômage et de rejet social.

Au Québec, une étude publiée par le groupe GPI Atlantic, intitulée The cost of obesity in Quebec, estimait que les coûts directs reliés à l’obésité avaient accaparé 5,8 % du budget du ministère de la Santé et des Services sociaux pour la seule année 2000, soit plus de 500 M $. Une autre étude publiée en 2004 dans le Canadian Journal of Applied Physiology évaluait que les coûts directs et indirects de l’obésité représentaient une ponction de plus de 4,3 G $ dans l’économie canadienne, seulement pour l’année 2001. Nous savons que, depuis, la situation n’a fait que s’aggraver.

La proportion de Québécois en surpoids atteint 57%. Plus de la moitié de la population. Si la tendance se maintient, le Canada et le Québec auront tôt fait de rejoindre les États-Unis au chapitre de l’obésité puisque le taux combiné d’embonpoint et d’obésité des jeunes Canadiens (26 %) est pratiquement identique à celui des jeunes Américains (27 %). Nous sommes clairement face à une épidémie d’obésité dans les causes dépassent la responsabilité individuelle.

Les causes ou les environnements qui sont à la source des problèmes reliés au poids sont nombreux et souvent fortement ancrés dans nos habitudes de vie, dans notre culture, voire dans notre économie. Les moyens d’action sont multiples car il faut agir dans les trois secteurs stratégiques que sont l’agroalimentaire, le socioculturel et l’environnement bâti. En ce sens, modifier le zonage pour limiter l’implantation de fast-food à proximité des écoles est un exemple de politiques publiques à promouvoir.

Nous proposons que les Québécois aient le libre choix d’adopter de saines habitudes de vie et qu’en conséquence nous puissions, avec différents moyens à convenir, modifier ces environnements. Nous souhaitons que les Québécois participent à la définition de ces moyens mais de grâce, évitons d’enfourcher de mauvais chevaux de bataille en prétendant que cette démarche vise à limiter la libre entreprise et reconnaissons plutôt notre responsabilité collective dans la lutte contre cette épidémie d’obésité.

 

Martine Painchaud
Porte-parole de la Coalition québécoise sur la problématique du poids