Version PDF de la lettre ouverte

L’épidémie d’obésité nous coûte cher, de plus en plus cher. Plus d’un milliard de dollars par année, selon une estimation datant de 1999. Et devant la croissance de l’épidémie d’obésité dans toutes les tranches d’âge, tout porte à croire que ces coûts sont aujourd’hui encore plus élevés. Ces calculs ne tiennent évidemment pas compte du coût élevé, pour chaque individu, de la perte de sa qualité de vie et de l’estime de soi.

À l’heure de l’instantanéité, plusieurs se désolent qu’il n’y ait pas de réponse immédiate à ce phénomène. Or, ce n’est pas une raison pour ne rien faire, tel que le suggère le chroniqueur Yves Boisvert (« Faisons payer les gros », dans l’édition du 17 février 2010). Il est d’ailleurs remarquable que celui-ci, bien informé du sujet, reprenne un à un les arguments avancés par l’industrie des boissons gazeuses au Canada et aux États-Unis.

L’augmentation de la consommation des boissons gazeuses et énergisantes résulte en grande partie des investissements en innovation et en marketing de l’industrie. Il est vrai que manger et boire sont essentiels à la vie. Mais, jusqu’à preuve du contraire, boire des boissons gazeuses et énergisantes n’est pas vital! Tout le monde (sauf l’industrie) s’entend pour dire que ce sont des produits à consommer avec modération, car ils n’apportent aucun nutriment à l’organisme. Alors pourquoi en boit-on autant? Parce que l’industrie a réussi à créer et à amplifier ce faux-besoin dans notre société.

Il faut d’abord reconnaître que les boissons gazeuses contribuent directement à l’épidémie d’obésité. Les études qui en font la démonstration se sont multipliées au cours des dernières années. La dernière en lice, produite par l’Université de Californie, repose sur un échantillon de 43 000 adultes et de 4 000 adolescents. Ses conclusions sont sans équivoque : la consommation d’au moins une boisson sucrée par jour, chez les adultes, se traduit par une augmentation de 27 % du risque d’être obèse ou en surpoids. Chez les enfants, la consommation d’une boisson gazeuse quotidienne augmente le risque d’obésité de 60 %.

Comment contrer ce phénomène? De la prévention, de l’éducation, des programmes de sensibilisation… Oui, mais comment les payer? Cette « taxe santé » permettrait d’assurer un financement pour la mise en place d’actions concrètes de prévention depuis longtemps réclamés par tous ceux qui ont tenté de trouver une solution aux problèmes de financement du réseau de la santé.

À chacun son choix
Les boissons gazeuses sont en vente libre : il est permis à chacun d’entre nous d’en consommer ou pas. Elles sont d’ailleurs très accessibles en matière de prix et l’industrie n’hésite pas à investir les millions de dollars nécessaires pour en aviser les consommateurs. Malheureusement, l’industrie ne consacre pas les mêmes efforts à prévenir les consommateurs des effets de ses produits sur leur santé.

Il est temps de rétablir l’équilibre. L’instauration d’une taxe sur les boissons gazeuses et énergisantes, qu’elle soit d’un cent ou de quelques cents, permet de faire un pas en ce sens. En plus de générer les ressources nécessaires pour promouvoir encore plus efficacement l’adoption de saines habitudes de vie.

Nous sommes évidemment conscients et d’accord que la taxe, seule, ne règlera pas l’épidémie d’obésité en quelques semaines, mais nous croyons qu’elle serait un complément aux autres actions déjà menées. Bref, un pas de plus… qui permettrait d’ailleurs d’en financer d’autres.

Suzie Pellerin
Directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids