L’éditorial de François Cardinal « Victime de la rue » du 5 avril soulève un enjeu important : doit-on punir les piétons pour leur vulnérabilité? Un enfant de 8 ans heurté par un véhicule en traversant la rue pour se rendre à l’école est-il responsable de son sort? À qui la faute?

La popularité de l’automobile comme moyen de transport a largement dépassé la marche et le vélo [1]. Les enfants marchent de moins en moins pour aller à l’école alors que les problèmes de poids et les taux d’obésité augmentent de manière alarmante. Comment expliquer ce phénomène? Les risques d’accident découragent les déplacements actifs. À preuve, huit piétons et cyclistes montréalais âgés entre 5 et 17 ans sont blessés sur la route par semaine [2].

Marcher sans se faire arrêter
Plutôt qu’émettre des constats d’infractions et de « taper plus fort sur les doigts des piétons », comme le suggèrent les corps policiers, il faut réduire la capacité routière et investir dans le transport en commun et les aménagements physiques favorables aux déplacements actifs (ex. : augmenter la visibilité aux intersections, rétrécir les voies pour réduire la vitesse des véhicules, élargir les trottoirs, aménager des pistes cyclables, etc.). Ces mesures protègeront véritablement les usagers, en particulier les piétons et les cyclistes qui sont plus vulnérables [3].

Ces interventions, plus globales sur l’environnement et non sur l’individu, constituent la stratégie la plus efficace pour réduire les traumatismes routiers, parce qu’elles protègent tout le monde, sans égard à l’âge ou à la langue parlée [4].

Une responsabilité partagée
Les municipalités occupent un rôle stratégique et sont responsables du développement de leur territoire. Leurs interventions ont des impacts immédiats sur la sécurité et les modes de vie des citoyens. Le développement du territoire est et doit demeurer une responsabilité des élus municipaux.

Le gouvernement du Québec doit lui aussi agir dans le même sens puisqu’il est responsable du développement de grands projets routiers qui auront pour effet d’augmenter la circulation automobile, ce qui nous semble en contradiction avec la volonté de réduire le nombre de traumatismes routiers.

Les consultations menées par le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire sur l’avant-projet de Loi sur l’aménagement durable du territoire et l’urbanisme seront un moment approprié pour réitérer l’importance d’aménager le territoire afin de favoriser la santé et la sécurité des citoyens, notamment en mettant en place des aménagements favorisant les déplacements actifs en toute sécurité. C’est d’ailleurs ce que compte faire la Coalition québécoise sur la problématique du poids et le Centre d’écologie urbaine de Montréal qui déposeront sous peu un mémoire à ce sujet.

Aménager pour la santé
Les questions de santé, de bien-être et de qualité de vie doivent impérativement être envisagées dans la Loi sur l’aménagement durable du territoire et l’urbanisme. La santé et le développement durable sont intimement liés l’un à l’autre [5]. La planification du territoire, du transport et de l’occupation du sol a des répercussions sur la santé des populations [6, 7], et leurs effets sont nettement plus significatifs qu’une contravention…

 

Suzie Pellerin
Directrice de la Coalition québécoise sur la problématique du poids

                                       

[1] Lapierre L., Després C., Lewis P., Le May D. & Morency C. (2009, septembre). Atelier international sur le transport actif des enfants – Réflexions du Comité organisateur. Montréal.

[2] Dr Patrick Morency, Agence de la santé et des services sociaux, direction de la santé publique de Montréal

[3] Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Pour une approche globale de la sécurité routière. Mémoire de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal sur les projets de loi no 42 et no 55 déposé à la Commission des transports et de l’environnement. Assemblée nationale du Québec. 5 décembre 2007.

[4] Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Pour une approche globale de la sécurité routière. Mémoire de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal sur les projets de loi no 42 et no 55. déposé à la Commission des transports et de l’environnement. Assemblée nationale du Québec. 5 décembre 2007.

[5] Barton H. et C. Tsourou (2004). Urbanisme et santé : Un guide de l’OMS pour un urbanisme centré sur les habitants. France : Association S2D/Association internationale pour la promotion de la Santé et du Développement Durable. Organisation modiale de la santé.

[6] Bergeron, P. et S. Reyburn (2010). L’impact de l’environnement bâti sur l’activité physique, l’alimentation et le poids. Québec : Direction du développement des individus et des communautés – Institut national de santé publique du Québec.

[7] Barton H. et C. Tsourou (2004). Urbanisme et santé : Un guide de l’OMS pour un urbanisme centré sur les habitants. France : Association S2D/Association internationale pour la promotion de la Santé et du Développement Durable. Organisation modiale de la santé.