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Montréal, le 10 décembre 2007 – Dans un geste sans précédent, la Coalition québécoise sur la problématique du poids dépose quatre plaintes à l’Office de la protection du consommateur (OPC) concernant des pratiques publicitaires destinées à des jeunes de moins de 13 ans. Ces plaintes visent des pratiques de marketing couramment utilisées par l’industrie agroalimentaire qui influencent les comportements et les habitudes alimentaires des enfants. « La littérature démontre abondamment le lien entre la publicité, les comportements alimentaires et l’épidémie d’obésité. Heureusement, le Québec dispose d’une loi qui protège les enfants de la pression commerciale et il faut prendre les moyens pour qu’elle soit respectée autant dans sa lettre que dans son esprit », a déclaré Martine Painchaud, porte-parole de la Coalition Poids.

Les plaintes déposées à l’approche des Fêtes concernent des jouets gratuits offerts par la chaîne de restauration rapide Burger King, un ensemble de jouet-promotion de la chaîne de restauration rapide McDonald’s (sous le label McKids), le site Internet des céréales Lucky Charms de la corporation General Mills, ainsi qu’un vaste concours publicitaire organisé par Nestlé Canada pour la promotion de sa friandise Smarties. Le geste de la Coalition Poids se situe donc en droite ligne avec sa première dénonciation concernant le petit gâteau « Igor » de Vachon (Saputo), en février dernier et qui a mené récemment aux premières poursuites de l’OPC en vertu des articles 248 et 249 de la Loi sur la protection du consommateur, qui interdit la publicité faite aux enfants.

Le directeur du Groupe de recherche en droit international et comparé de la consommation (GREDICC, rattaché à l’UQAM), Thierry Bourgoignie, appuie la démarche de la Coalition Poids. « L’article 248 de la Loi sur la protection du consommateur est une excellente disposition, mais le dépôt de ces quatre plaintes montre bien que les enfants restent confrontés de manière intensive à des messages publicitaires qui leur sont destinés et à quel point la lettre et l’esprit de la loi sont contournés. Il est regrettable que l’Office de la protection du consommateur soit privé des ressources nécessaires pour remplir adéquatement son mandat d’application de la Loi. Une révision des modes de recours prévus par la loi pour lutter contre les pratiques commerciales contraires aux intérêts des consommateurs s’impose », a-t-il déclaré.

À l’instar du GREDICC, l’Union des consommateurs appuie la démarche de la Coalition Poids. Son porte-parole Charles Tanguay, explique que les associations de consommateurs partout dans le monde pointent du doigt l’industrie agroalimentaire pour ses pratiques de marketing qui ciblent les enfants. «La Loi au Québec fait envie dans beaucoup de pays. Nous jugeons essentiel de lancer un signal clair à l’industrie comme aux publicitaires qu’il y aura désormais des chiens de garde pour veiller au respect de l’esprit et la lettre de cette loi», a-t-il affirmé.

Prime jouet de Burger King

La première plainte concerne les jouets gratuits à collectionner à l’achat d’un repas pour enfant dans les restaurants Burger King du Canada. Ces primes-jouets à collectionner sont une forme de publicité qui incite les enfants à multiplier les visites dans les restaurants Burger King et y réclamer les repas nécessaires pour obtenir ces jouets. Les jouets utilisés par Burger King sont des représentations des personnages d’une bande dessinée de la chaîne YTV, qui vise les enfants de 2 à 11 ans : les Viva Piñata. Ces Viva Piñata sont aussi les vedettes d’un jeu vidéo Xbox de Microsoft dont la sortie est prévue pour la saison des fêtes 2007. Puisque les jouets en cause sont destinés à des enfants, cette campagne de primes avec achats de repas pour enfants de Burger King contrevient à l’article 248 de la LPC. Par ailleurs, les jouets eux-mêmes arborent le logo de Burger King, ce qui représente une infraction supplémentaire à l’article 248.

L’ensemble de caisse électronique McKids de McDonald’s

L’ensemble de caisse électronique McKids™ est destiné aux enfants de 3 ans et plus – tel qu’indiqué sur l’emballage – et contient pas moins de 10 objets (aliment-boisson en jouets, caisse électronique, interphone, visière, devises et cartes jouets) où l’on retrouve tous les différents logos de la compagnie McDonald’s et ses filiales. L’utilisation d’un logo sur un objet constitue un message publicitaire et contrevient donc à l’article 248 de la LPC si cet objet est destiné aux enfants. De plus, McDonald’s a pour mission, selon leur site Internet, « de servir des millions de Canadiens et Canadiennes affamés, chaque jour ». McDonald’s n’est pas une entreprise de fabrication de jouets. Cet ensemble de caisse électronique McKids™ est un produit dérivé, donc une publicité dont le but est de promouvoir auprès des enfants les produits et service de McDonald’s.

Site Internet Lucky Charms

La Corporation General Mills du Canada a créé un véritable système publicitaire pour promouvoir, auprès des enfants, ses céréales sucrées Lucky Charms. Le site Internet visé par la plainte est annoncé sur l’emballage du produit (lequel est une forme de publicité en soi, mais qui bénéficie d’une exemption en vertu du Règlement d’application de la LPC). Les nombreux attraits du site Internet font particulièrement appel aux appétits de l’enfant de façon à susciter son intérêt. Une foule de jeux ainsi que des dessins animés mettant en vedette le Lucky-le-farfadet sont disponibles sur le site. Par leur nature fantastique et magique, ces « webisodes » sont clairement conçus et destinés à un public très jeune. Enfin, des messages publicitaires apparaissent automatiquement à l’écran : « Les céréales Lucky Charms Chocolat sont maintenant offertes au Canada », y affirme-t-on sans détour. Ce site internet enfreint l’interdiction de faire de la publicité visant les enfants.

Concours publicitaire « Colorie-moi » de Smarties (Nestlé)

Ce concours publicitaire constitue une violation de la loi car il cible directement les jeunes de moins de 13 ans. L’OPC est formelle : certaines friandises sont des produits exclusivement destinés aux enfants. D’emblée, l’emballage du produit n’est pas conforme à l’article 91 (e) du Règlement d’application de la LPC, puisqu’il « incite directement un enfant à acheter ou à inviter une autre personne à acheter un bien ou un service ou à s’informer à leur sujet ». L’incitatif est constitué d’un prix alléchant pour les jeunes (un iPod Shuffle), qui peut être gagné en participant à un concours sur le site Internet de Smarties; or, la participation au concours nécessite d’obtenir un numéro d’identification personnel (NIP), disponible à l’intérieur des boîtes de Smarties spécialement identifiées. De plus, le concours vise clairement l’exploitation d’une technique de marketing viral bien connue, qui consiste à « offrir » à un ami la possibilité de participer au concours, lequel ami risque fort d’être du même groupe d’âge que l’émetteur du message.

Une loi qui fait consensus

« Il existe un consensus social au Québec sur la nécessité de protéger les enfants de la publicité commerciale » précise Martine Painchaud. Selon un sondage SOM, réalisé au printemps 2007 auprès de 1000 répondants, près de 90 % des Québécois interrogés croient qu’il est nécessaire de contrôler la publicité destinée aux enfants. La plupart des répondants (60 %) souhaitent une application plus sévère de la LPC relativement à la publicité faite aux enfants de moins de 13 ans.

Créée en 2006, la Coalition Poids vise l’adoption de politiques publiques spécifiques à l’égard des problèmes reliés au poids. Elle agit dans le cadre de trois secteurs stratégiques (agroalimentaire, socioculturel et environnement bâti) pour favoriser la mise en place d’environnements facilitant les choix santé et la prévention des problèmes de poids. On peut obtenir plus de détails sur la Coalition Poids en téléphonant au 514 844-0375 ou en visitant le site Internet www.cqpp.qc.ca.

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Renseignements :
Martine Painchaud
514 884-9448